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Création musicale : conserver les traces de son travail pour pouvoir défendre ses droits

Temps de lecture : 4 min

Date de modification : 28 octobre 2026

Texte adapté avec l’autorisation de Jean Albert, président de l’Agence pour la protection des programmes.

Dans le premier article de cette série, Musique et IA : protéger les droits et revenus des auteurs, nous avons examiné les nouveaux enjeux de la défense des créateurs de musique. Cette seconde partie aborde une question pratique : comment garder la trace de son travail, depuis les premières notes jusqu’au morceau final, pour pouvoir défendre ses droits ?

L’une des méthodes consiste à tenir un journal de création musicale. Les auteurs et les compositeurs y consignent les étapes de leur travail, les choix effectués et les interventions de chacun, tout en conservant les fichiers correspondants. Ils peuvent ainsi préciser le rôle éventuel de l’IA et documenter la contribution humaine à l’œuvre. Ces éléments, réunis au fil de la création, constituent un dossier de preuves sur lequel s’appuyer en cas de contestation.

Sommaire

Les points clés à retenir sur la preuve de création musicale

  • Conserver les versions successives d’un morceau permet de retracer sa création.
  • Le journal de création documente les choix du créateur et les éventuels apports de l’IA.
  • L’horodatage qualifié renforce la preuve de la date et de l’intégrité des fichiers.
  • Un dossier de preuves bien organisé aide les auteurs à défendre leurs droits en cas de contestation.

Pourquoi conserver les étapes de la création ?

Comment expliquer, plusieurs mois après la diffusion d’un morceau, ce que son auteur a composé et ce qu’une IA a produit ? Un fichier audio final ne permet pas toujours de le déterminer. Il ne montre pas les essais, les propositions écartées ou les modifications qui ont conduit au résultat. La preuve préventive consiste ici à conserver les traces du travail au moment où il s’accomplit.

Les outils de détection recherchent dans le morceau terminé des indices de génération par IA. Le journal de création, quant à lui, apporte un autre éclairage en documentant la fabrication du morceau dès les premières notes. L’artiste dispose ainsi d’éléments pour montrer son cheminement créatif et expliquer sa contribution.

Ces éléments peuvent notamment répondre aux demandes de l’ARIA qui, en cas de doute sur le rôle joué par l’IA dans la composition, peut demander au titulaire des droits de justifier l’éligibilité de son morceau aux classements musicaux [1].

Comment garder la trace du travail musical ?

Le journal rassemble les dates des différentes étapes, les fichiers enregistrés, les versions successives et les pistes audio originales. Il conserve aussi le nom des logiciels utilisés ainsi que, le cas échéant, les prompts adressés à une IA et les résultats obtenus. Les fichiers de travail d’Ableton, de Logic ou de Pro Tools peuvent contribuer à retracer la fabrication du morceau.

Prenons l’exemple fictif d’un musicien qui compose une chanson sur plusieurs semaines :

DateÉtape de création
4 janvierEnregistrement d’une première mélodie au piano.
Semaines suivantesÉcriture des paroles.
8 marsEnregistrement de la voix.
10 marsUtilisation d’un logiciel d’IA pour créer des harmonies secondaires.
16 marsSéparation automatique de certaines pistes, puis amélioration du mixage par le musicien.

Les différentes versions rendent visibles les choix du créateur. Une phrase est réécrite, une mélodie modifiée, un arrangement retenu. Une proposition de l’IA peut être refusée au profit d’une autre solution. En conservant ces étapes, l’artiste documente les décisions personnelles qui ont façonné son œuvre.

Comment dater ces traces sans alourdir la création ?

Pour être utilisable comme preuve, cette journalisation doit être associée à un horodatage systématique de chacune des étapes tracées. Les étapes du processus sont enregistrées progressivement, de façon automatique. Ce suivi permet de dater les versions successives et de reconstituer la genèse de l’œuvre, avec ses corrections, ses sélections et ses orientations abandonnées.

Evidency a développé un outil de journalisation des étapes de la création qui s’intègre à une solution logicielle et qui est associé à un service d’horodatage qualifié, renforçant ainsi la valeur probante des éléments enregistrés.

Une empreinte numérique est calculée à partir du fichier musical soumis. Cette empreinte est associée à la date et à l’heure de l’horodatage. L’association de l’empreinte numérique et de l’horodatage permet de vérifier l’intégrité de la version datée. Ainsi, l’ensemble des étapes de création de l’œuvre est documenté au fil de l’eau et les traces sont conservées dans la durée [2].

Pour être adoptée, la journalisation doit rester simple à utiliser et s’intégrer en arrière-plan aux outils habituels du musicien. Un nouvel enregistrement, une modification importante ou l’introduction d’un élément généré par IA peuvent déclencher automatiquement la conservation d’une trace. L’outil peut également intégrer des éléments ajoutés manuellement lorsqu’ils ont été réalisés sur un autre support [2].

Comment distinguer les choix humains des apports de l’IA ?

Certains outils d’IA générative intègrent des métadonnées permettant d’identifier leur intervention. Il est donc fortement conseillé aux créateurs de musique de documenter en toute transparence leur utilisation de l’IA dans la création d’une œuvre, à l’aide d’un outil comme le journal de création d’Evidency.

L’historique ainsi constitué permet de comprendre le rôle exact de l’IA dans le processus créatif et de documenter les choix artistiques humains. Ce sont en effet ces choix qui contribuent à donner à l’œuvre son identité et à établir son originalité, condition de sa protection par le droit d’auteur.

À mesure que l’IA prend une place croissante dans la création musicale, pouvoir démontrer l’apport humain devient un enjeu majeur pour les auteurs et les compositeurs. La constitution de preuves ne devrait donc pas attendre qu’un litige survienne. En conservant et en horodatant les étapes de leur travail au fil de la création, les artistes disposent d’éléments concrets pour faire reconnaître leur contribution et défendre leurs droits.

Sources

[1] ARIA, « AI and the ARIA Charts — What you need to know », FAQ officielle, rubriques sur la déclaration d’utilisation de l’IA et les demandes de justificatifs. https://www.aria.com.au/aria-chart-changes-faqs

[2] Jean Albert, « De la création à la preuve : l’horodatage au fil de l’eau comme nouvel outil de crédibilité créative », dossier Preuves et Droit, Village de la Justice / LEGI TEAM, 2026, pages 18 à 22. https://www.village-justice.com/articles/dossier-preuve-droit-entre-conformite-contentieux-preuve-change-dimension,58525.html

[3] Tribunal régional de Munich I, « Urteil GEMA gegen SUNO », communiqué n° 16 du 31 juillet 2026, affaire 42 O 763/25. https://www.justiz.bayern.de/gerichte-und-behoerden/landgericht/muenchen-1/presse/2026/16.php

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